
Intervention sur pollution lors d’inondation :
Ce qu’il ne faudrait pas dire au patron!
Inondation et assurance : le jackpot ?
Angers et plus largement le Grand Ouest ne coupent pas à la règle, avec les inondations, leurs déferlements de pollution. Alors, pour une entreprise de dépol, on peut voir les choses de deux façons :
- soit pomper du volume, évacuer du volume (après tout, le malheur des uns fait bien le bonheur des autres !)
- soit limiter au maximum le déchet à évacuer.
Alors bien sûr le chiffre d’affaires n’est pas le même !
Mais à trop profiter du système assurantiel, le système assurantiel ne pourra pas tenir indéfiniement. Ce sera l’explosion des cotisations d’une part, et l’explosion des exclusions de garantie d’autres part. On l’a vu après les dernières inondations dans le nord et les récentes grandes sécheresses. Alors dans une perspective durable, intervenir de manière raisonnée reste la meilleure solution pour tous.
Dépollution responsable lors d’inondations : les clés
En direct, nos équipes sur le front, avec la petite ou la grosse artillerie, les moyens habituels comme les moyens moins habituels, ce qu’il y a de plus adapté selon les cas :
- Pompage par véhicule hydrocureur, oui dès lors que le sinistre est bien confiné, avec un écrémage et un confinement optimisé ;
- Pour les petits déversements, absorbants naturels et produits favorisant une dégradation naturelle rapide des hydrocarbures ;

- Mais pour les pollutions sur des surfaces étendues, voilà ce qu’il se passe quand le centre de traitement local est saturé par les cargaisons pompées et dépotées après un accident de grande ampleur… C’était il y a quelques semaines, alors que les intempéries s’accumulaient, et juste avant que la France ne déborde de tous les côtés :
Accident de pollution étendu : penser la dépollution autrement
Appel pollution
Mercredi 13h52, l’heure à laquelle on hésite encore entre expresso serré et café allongé, la ligne d’assistance d’urgence sonne. Déjà cette histoire commençait mal !
Au bout du fil, la responsable QHSE d’un site industriel nous informe d’un déversement d’huile thermique estimé à 20 petits m³. À ce stade, la fuite est stoppée. Mais la fugitive, peu respectueuse du plan de circulation interne, a emprunté le réseau EP sous les enrobées du site. Les canalisations deviennent une voie express jusqu’au bassin de rétention du site.

38m3 d’eaux hydrocarburées ont déjà été pompés lorsque nous sommes sollicités, sur recommandation du SDIS malgré les 5h de route qui nous séparent, pour assurer en priorité le confinement et éviter toute migration externe.


Confinement
Nous déployons donc deux barrages flottants antipollution, l’un en sortie de bassin, l’autre pour optimiser le confinement. Il fait un froid de canard, on ne sent plus nos orteils de pieds, nos doigts sont crispés, la petite stalactite à l’œil, mais c’est fait, la pollution est circonscrite sur environ la moitié de la lagune.


Pompage des hydrocarbures : ça n’en finit pas!
En parallèle, notre donneur d’ordres mobilise toujours son prestataire local pour poursuivre le pompage.
Le pompage continue par véhicule hydrocureur, mais les évacuations prennent de plus en plus d’ampleur. Notre équipe propose une solution d’écrémage du plan d’eau, improvisée avec les moyens disponibles. L’efficacité, dépendante de la fatigue accumulée, est relative, mais c’est toujours ça de pris.

Ce vendredi, alors que ce volume atteint déjà les 75m3 pour un montant de l’ordre de 30 000 €, que 13T d’huile sont encore présentes sur le plan d’eau, le centre de traitement finit par signaler son incapacité à absorber davantage de déchets. Et comme on a la chkoumoune, la météo prévoit du vertical qui mouille, le bassin menace de déborder.

Mise en place d’un traitement sur site
Sur nos conseils, la décision est alors prise par notre donneur d’ordres de traiter sur site. Avant cela, nous demandons le curage du réseau pluvial encore souillé afin d’éviter que la lagune ne soit réalimentée en continu. Traiter sans tarir la source c’est comme écoper un bateau percé.

L’une de nos cellules de dépollution est ensuite dépêchée depuis notre base angevine.
Le traitement repose sur un double angle d’attaque :
- un écrémage à disques oléophiles, pour recueillir la phase visqueuse du surnageant,
- et un dispositif de séparation physique de conception AMA DEPOL pour, d’une part, traiter la colonne d’eau, et d’autre part, affiner la récupération du surnageant une fois la phase visqueuse épurée par l’écrémage à disques.

L’opération fonctionne 24/24, soutenue par les équipes de nuit du site qui remplacent les stockages pleins et évitent l’obstruction des équipements par les écorces de bois abondantes à la surface. Ça crache et ça débite du noir bien gras comme on aime.

Nouvelle action sur la source de la pollution
Alors que le traitement progresse de manière spectaculaire, voilà que de nouvelles arrivées d’huile continuent d’alimenter la lagune par les canalisations enterrées sous le parc! La vanne de sortie du bassin est maintenue fermée à la demande de la DREAL, et les fortes précipitations empêchent toute purge gravitaire du réseau.

Pas de problème, que des solutions, on bricole encore. Les regards étroits du réseau ne permettent pas d’y introduire nos équipements standards. Il faut donc imaginer une solution sur mesure : direction le Bricomachin du coin. Un dispositif d’écrémage adapté est mis en place et permet de récupérer 300L supplémentaires, tarissant enfin le résiduel de pollution au sein du réseau.


Repli et bilan d’intervention
Après 48H de fonctionnement continu, le dispositif est arrêté. Le résultat des analyses confirme la conformité de l’eau aux prescriptions préfectorales.
Au total, ce sont 13T d’huile quasi exemptes d’eau qui auront été récupérées en 2J de traitement ciblé. L’incident est résolu, l’économie financière substantielle et la lagune retrouve un visage plus familier.
Accident industriel, inondations, pollutions multiples ou étendues… nous nous employons à penser autrement la lutte antipollution. Dans tous les cas, il est important de ne pas attendre la décrue, afin d’éviter que la pollution ne se dépose au sol.

Remarque : Les photos ont été retouchées pour préserver la confidentialité du site. On l’admet, on est meilleurs pour dépolluer que pour photoshoper !



